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Gilets jaunes, ISF, loi de 1905, PMA… Ce qu’Emmanuel Macron a dit aux intellectuels

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photo emmanuel macron a dialogué avec 64 intellectuels, lundi 18 mars, à l'élysée. © michel euler / pool / epa / maxppp

Emmanuel Macron a dialogué avec 64 intellectuels, lundi 18 mars, à l'Élysée.© MICHEL EULER / POOL / EPA / MAXPPP

Le président de la République a défendu ses réformes pendant plus de huit heures, lundi soir, à l’Élysée, devant des philosophes, des sociologues et des économistes.

Lancé le 15 janvier 2019 à Grand-Bourgtheroulde, dans l’Eure, pour deux mois, le Grand débat national souhaité par Emmanuel Macron, pour trouver une issue à la crise des Gilets jaunes, joue les prolongations.

Lundi 18 mars au palais de l’Élysée, le président de la République a dialogué pendant 8 heures 10 - son record en onze débats du même genre - avec 64 intellectuels triés sur le volet.

Parmi ses invités figuraient le psychologue Boris Cyrulnik, les économistes Jean Pisani-Ferry, Yann Algan et Daniel Cohen, les sociologues Luc Boltanski et Michel Wieviorka, les philosophes Frédéric Worms et Monique Canto-Sperber, le climatologue Jean Jouzel ou encore le physicien Claude Cohen-Tannoudji. Certains intellectuels de gauche avaient décliné, comme l’économiste Frédéric Lordon.

« Je ne crois pas qu’on s’en sorte avec de nouvelles taxes »

Lors de cette soirée coorganisée avec France Culture qui s’est terminée à 2 h 30 du matin, le chef de l’État a écarté toute remise en cause de ses réformes, notamment sur l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et le non-cumul des mandats. Il a aussi rejeté une hausse des droits de succession comme l’expérimentation d’un revenu universel de base.

« On a insuffisamment gardé en France le capital productif qui crée des emplois. Sortir du grand débat par un grand débat sur la fiscalité du capital n’est pas la bonne réponse. Qu’on lance une réflexion internationale, j’y suis favorable, le faire en France serait un contre-signal », a-t-il répondu.

« On est rentré dans ce débat sur une taxe que payaient trop certains. Je ne crois pas qu’on s’en sorte en en faisant payer d’autres », a-t-il ajouté.

« Dans un pays où les gens ont peur pour l’héritage, je n’ouvrirai pas ce sujet de bidouiller la taxe sur les successions, car tous se sentiraient concernés », même les plus modestes, a-t-il poursuivi.

Vers une « démocratie délibérative »

Emmanuel Macron a défendu avec la même fermeté le non-cumul des mandats, contesté par certains au nom du contact avec le terrain. « C’est une question d’organisation du temps parlementaire. Je ne suis pas sûr que multiplier les mandats permette de mieux sentir le territoire », a-t-il dit.

Emmanuel Macron a aussi tenté de décrire la « démocratie délibérative » qu’il souhaite bâtir à l’issue du grand débat. Rejetant à la fois le « référendum permanent » et les seuls rendez-vous électoraux, il a imaginé « une démocratie délibérative qui suppose, si le consensus est estimé, qu’on prend la décision ». Il a cité en exemple les référendums à l’irlandaise, qui portent sur des textes émanant du Parlement.

Les Gilets jaunes, des réseaux sociaux à la rue

Pour le président de la République, les Gilets jaunes sont la « translation dans le réel de ce qui se passe sur les réseaux sociaux », à savoir « le langage désinhibé et la très grande violence sous couvert d’anonymat ».

« Ce que je peux faire sur les réseaux sociaux, maintenant je le fais dans la rue, l’anonymat devient une cagoule, un casque, et je peux faire le pire dans un lieu qui n’est pas mien, détruire des commerces, qui n’appartiennent à personne et n’ont pas de réalité », a-t-il décrit, évoquant les violences du samedi 16 mars à Paris.

« Et toutes les paroles se valent », comme sur les réseaux sociaux où « je peux insulter le président de la République sur Twitter mais aussi construire des espaces de confiance avec des gens qui disent comme moi. Je ne me confronte plus aux autres », a-t-il commenté.

Répondant à l’écrivain Pascal Bruckner, qui réclamait un retour de l’ordre public, Emmanuel Macron a estimé que les violences du samedi étaient le fait d'« émeutes de casseurs, pas de manifestants » et rappelé que le gouvernement a décidé d’interdire de manifester sur les Champs-Élysées et dans plusieurs centres-villes.

Islam, PMA, inégalités…

Il a aussi répondu sur le creusement des inégalités, la réforme de la loi de 1905, la place de la recherche ou encore la transition écologique.

Les inégalités et l’importance de l’héritage sont « un dysfonctionnement du capitalisme contemporain, mais si j’ouvre ce débat, je tue la politique que je mène » qui mise sur la capacité à investir, a-t-il tranché.

Au passage, l’économiste Philippe Martin lui a signalé ne pouvoir évaluer l’effet de la suppression de l’ISF sans disposer des données individuelles des contribuables.

Sur la loi de 1905, il a réaffirmé qu’il ne souhaitait pas la modifier mais estimé qu'« on a un sujet avec l’islam » en particulier avec les organisations qui ont une « vision politique de l’islam » pouvant être incompatible avec les lois de la République. « On ne doit rien céder », notamment à l’école, mais « on doit pacifier cette relation », a-t-il ajouté.

Enfin, il a reconnu que sur son projet d’extension de la procréation médicalement assistée (PMA), « certains débats ne se sont pas apaisés ».Au fil de la soirée, la salle des fêtes s’est en partie vidée, ceux qui avaient déjà parlé sortant peu à peu en invoquant l’heure tardive.

 
Ouest-France avec AFP.   Ouest-France  

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