Maville.com  par  Ouest-France

Sciences. À Toulouse, ils pilotent le robot Curiosity sur Mars [vidéo]

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photo dans les locaux toulousains du cnes. © photos : nasa - jérômes fouquet/ouest-france 1

Dans les locaux toulousains du CNES. © Photos : Nasa - Jérômes Fouquet/Ouest-France

 

Six mois qu’ils vivent à l’heure martienne ! À Toulouse, une équipe de chercheurs et d’ingénieurs participe à l’équipée de Curiosity, le dernier robot d’exploration planétaire américain qui roule sur le sol martien. Bientôt, ils vont participer à une première : forer une roche de la Planète rouge. « Ça n’a jamais été fait ! »

 

« Depuis août, nous vivons sur Mars », s’étonne encore le planétologue Sylvestre Maurice, 45 ans, allure détendue mais traits tirés. Les preuves : une photo d’un désert rougeâtre et caillouteux couvre l’un des murs et un calendrier martien est affiché dans la salle bardée d’ordinateurs.

 

Ils vivent en années martiennes

 

L’année martienne dure 686 jours terrestres, chaque jour martien (baptisé Sol) a 24 heures et 40 minutes. Les 27 scientifiques et ingénieurs qui se relaient au Fimoc, le centre toulousain de contrôle de Curiosity, comptent leurs journées de travail en Sol mais vivent à l’heure californienne.

 

Le Jet Propulsion Laboratory, centre de contrôle principal, est basé à Pasadena, près de Los Angeles. Les Français ont dû s’adapter : début du travail à 17 h, fin vers 2 à 3 h du matin, une semaine sur deux. Les Français ne sont qu’invités sur un projet américain qui mobilise près de 350 personnes.

 

Le planning de la journée/soirée est projeté sur le mur du fond de la salle, au-dessus de la maquette au 1/5e du rover, le robot sur roues. Le travail se fera tout en participant à une quinzaine de réunions téléphoniques transatlantiques.

 

« On ne peut pas envoyer de réparateur là-haut »

 

Car Curiosity ne se conduit pas exactement comme une voiture téléguidée. Il faut s’accorder sur tous les objectifs du lendemain ; programmer chacune des actions ; envoyer les commandes codées vers les deux satellites-relais en orbite autour de Mars. Le robot mettra en œuvre ses dix instruments scientifiques et ses dix-sept caméras.

 

« On est très prudents. La hantise des Américains est que le rover se retrouve sur le dos. On ne peut pas envoyer de réparateur là-haut », sourit un des scientifiques de l’équipe.

 

Un rayon laser tire sur les cailloux martiens

 

Les Français ont la coresponsabilité de deux des dix instruments de Curiosity. Sylvestre Maurice s’amuse à définir sa ChemCam (caméra chimique) comme « le sabre Jedi du rover ». Installé en haut d’un mat, un rayon laser tire à répétition sur les cailloux, faisant fondre la roche.

 

« L’analyse de la lumière nous permet de connaître sa composition, » précise Olivier Forni, un des géologues. Depuis l’atterrissage de Curiosity, le laser a tiré 250 000 fois, pour analyser 500 échantillons.

 

Premier forage jamais réalisé sur Mars

 

La ChemCam fait le premier tri. Si un résultat semble intéressant, d’autres instruments plus sophistiqués prennent le relais. Dont le SAM, laboratoire d’analyse principal. Les Français en ont construit une partie. C’est lui qui pourra dire si la Planète rouge a été habitable.

 

« Curiosity ne cherche pas des traces de vie passée, mais si elle a eu les conditions pour se développer », insiste Eric Lorigny, directeur des opérations du Fimoc.

 

La semaine dernière, du sulfate de calcium a été détecté : la preuve que de l’eau chaude a circulé ou stagné. Alors, Curiosity va aller y voir de plus près.

 

C’est la grande affaire des deux à trois prochaines semaines : forer la roche pour récupérer et analyser un échantillon. « Ça n’a jamais été fait, s’enthousiasme Sylvestre Maurice. C’est comme utiliser une perceuse à percussion, à plus de 55 millions de kilomètres de distance alors que les écarts de températures vont de -80 °C la nuit à -10 °C le jour. »

 

Le lieu de ce prélèvement a été baptisé John Klein, du nom d’un ingénieur du Jet Propulsion Laboratory récemment décédé.

 

En quête de traces de vie passée

 

« Mon autre véhicule désintègre des rochers sur Mars », dit (en anglais) un autocollant repéré sur le bureau d’un chercheur. La recherche spatiale est sérieuse - à 2 milliards de dollars le projet, il vaut mieux - mais les scientifiques adorent les blagues de « geek ». Ainsi, deux des six roues du rover sont percées de trous sans utilité apparente. Mais quand le robot avance, il laisse sur le sol martien le code morse pour JPL, le nom du labo qui l’a conçu…

 

Pour l’instant, Curiosity a musardé, fait des pas de côté, n’a pas beaucoup avancé vers le site qu’il est censé atteindre d’ici six mois : la base du mont Sharp, à huit kilomètres de là. Ce n’est pas très important. La mission, prévue pour deux ans, a récemment été requalifiée en « durée indéterminée ».

 

« Impossible de savoir ce qui lâchera en premier, philosophe un ingénieur du CNES. Ce ne sera pas un problème d’énergie. La pile nucléaire n’aura perdu que la moitié de sa puissance dans 80 ans. »

 

Dans quelques mois, la Nasa lancera un nouvel appel d’offres pour le successeur de Curiosity. Départ prévu en 2020. Ce nouveau MSL (Mars Science Laboratory, laboratoire scientifique martien) aura pour objectif de rechercher les éventuelles traces de vie passée. « J’espère qu’on en sera », rêve Sylvestre Maurice.

 

Philippe RICHARD.

 
Ouest-France  

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